Résumé
Le programme fédéral "Égalité des chances entre les femmes et les
hommes dans le domaine universitaire" a pour objectif d’augmenter la
part des femmes dans le corps professoral en la faisant passer de 7 à
14 pour cent en 2006. Le programme dont la première phase s’étend de
2000 à 2003 s’articule en trois modules:
Module 1 – système incitatif: 1.35 millions de francs par an sont
prévus pour inciter les universités à nommer davantage de femmes
professeurs. La somme est versée annuellement et répartie entre les
universités en fonction du nombre de femmes professeurs nouvellement
engagées.
Module 2 – actions de mentoring: une enveloppe d’un million de francs
par année est à disposition pour la mise en place et le développement
de systèmes de coaching, d’offres en matière de conseil et de formation
ainsi que la création de réseaux, toutes ces mesures visant à
encourager la relève académique des femmes.
Module 3 – structures d’encadrement pour les enfants: là aussi, un
million de francs par année est investi pour développer des structures
de garde des enfants.
L’évaluation de la première phase du programme fournit des informations
sur les contenus, la mise en œuvre et les résultats des différents
projets ainsi que du programme dans son ensemble. Elle détermine dans
quelle mesure les objectifs ont été atteints et procède à une
appréciation des stratégies empruntées pour la mise en œuvre et
l’ancrage du programme. Elle doit également permettre de faciliter le
pilotage futur du programme et d’améliorer le transfert du savoir et
l’échange de bonnes pratiques. C’est le Comité de pilotage de la
Conférence universitaire suisse (CUS) pour ce programme fédéral qui a
attribué le mandat d’évaluation.
Résultats de l’évaluation
Succès et limites des stratégies de mise en œuvre
La mise en œuvre du programme fédéral réussit en s’appuyant à plusieurs
niveaux. Le programme fédéral Égalité des chances réussit à prendre
pied grâce à
la combinaison de trois domaines d’action différents, à la dissociation
des responsabilités en matière de décision et d’exécution et à la
coopération entre les universités et le programme fédéral pour le
financement des projets:
-
Les trois domaines d’action, nomination, relève et
garde des enfants sont pertinents au plan stratégique, ils offrent à
chaque université un bon point de départ.
-
En ce qui concerne la responsabilité en matière de
décision et d’exécution, l’approche choisie allie une stratégie du bas
vers le haut (bottom-up au niveau de la conception) à une stratégie du
haut vers le bas (top-down au niveau du contrat de programme), et
réunit les instances de décision internes et externes à l’université.
-
Le programme fédéral met à disposition des
ressources financières considérables pour la réalisation de mesures de
promotion de l’égalité des chances. Les universités peuvent décider
elles-mêmes partiellement de l’usage qu’elles font de ces ressources.
Elles peuvent par ailleurs demander au Comité de pilotage des
ressources financières destinées à des projets spécifiques.
Les déléguées à l’égalité sont les actrices principales et irréfutées pour la mise en œuvre du programme
Le programme permet la création de postes dans le domaine de l’égalité
entre femmes et hommes et renforce la position des postes déjà
existants. Il apporte donc un soutien aux promotrices du programme les
plus importantes au sein des universités.
L’égalité des chances devient un thème au plus haut niveau
Le rôle central attribué aux déléguées à l’égalité contient un danger
en soi, à savoir que les directions des universités se déchargent sur
celles-ci et leur confient la pleine responsabilité pour la mise en
œuvre des questions liées à l’égalité des chances. Le programme
parvient toutefois à assurer un bon équilibre entre délégation et
implication. Le fait que la direction des universités détienne la
responsabilité au niveau des requêtes, des rapports (reporting) ainsi
que du financement des projets où, en règle générale, elle fournit 50
pour cent de prestations propres, fait en sorte que le thème soit bien
établi au plus haut niveau de direction.
Le système incitatif dépourvu de mandat clair de la part des directions des universités incite peu à nommer des femmes
Le module incitatif s’avère être un module dont personne ne veut
s’emparer. Les directions des universités font preuve d’un grand
scepticisme à son égard. Dans aucune université, des stratégies
permettant d’augmenter les chances de nomination des femmes n’ont été
développées ou propagées. Les facultés qui sont les plus à mêmes
d’influencer le processus de nomination et la promotion de la relève
académique ne sont pas encouragées à endosser une responsabilité pour
augmenter le pourcentage des femmes au sein de la faculté et elles ne
profitent pas non plus directement des ressources financières
incitatives.
Le programme est dans l’ensemble bien accepté
Le concept du programme fédéral qui fait appel aux trois principes
stratégiques "incitation", "mentoring" et "garde des enfants" est
attrayant. Il permet à des actrices et des acteurs très différents de
s’identifier au programme. Le module 3 traitant de la garde des enfants
connaît le degré d’acceptation le plus fort.
Le programme dans sa totalité fournit des impulsions efficaces
L’objectif visant à doubler d’ici à 2006 la part des femmes dans le
corps professoral en la faisant passer de 7 à 14 pour cent ne sera
probablement pas atteint. Entre le 1.1.1999 et le 31.8.2003, 89 professeures ont été nommées si
bien que la part des femmes dans les nominations s’élève à 18 pour cent
en moyenne. Au 31.12.2002, la part des femmes dans le corps professoral
universitaire était de 8.9 pour cent. Seules les universités de GE, LU
et NE ainsi que les disciplines suivantes, sciences sociales, lettres
et droit atteignent le niveau clé souhaité en 2002.
Le module 1 permet de contrôler l’égalité des chances en matière de nomination
La part des nominations de femmes et le pourcentage des femmes
professeurs sont bien visibles et font l’objet de publications
marquantes. C’est l’un des principaux mérites du module 1.
Le module 2 contribue clairement à assurer la relève académique des femmes
Le module 2 propose une offre à forte demande. Les programmes de
mentoring contribuent à la promotion de la relève, dans la mesure où
ils permettent de clarifier la motivation des mentees pour une carrière
universitaire et où ils favorisent d’importantes avancées en terme de
carrière. Toutefois les instruments développés dans le module 2 n’ont
pas encore été systématiquement harmonisés et combinés aux mesures de
promotion de la relève déjà existantes à l’université, au sein du FNS
et de l’OFES.
Des instruments novateurs visant à la promotion de la relève académique sont développés
Les projets du module 2 développent des instruments de promotion de la
relève académique qui sont d’intérêt général pour l’encouragement de la
relève au sein des universités. Le programme fédéral complète ainsi les
mesures jusqu’à présent plutôt structurelles de l’OFES et du Fonds
national en matière de promotion de la relève.
Le module 3 double le nombre de places dans les structures de garde des enfants
Le programme fédéral permet une diversification de l’offre et double le nombre de places dans les crèches.
Grâce au renforcement des postes des délégations à l’égalité, un
savoir-faire en matière d’égalité des chances passe de façon accrue
dans les affaires universitaires
Les dix universités disposent toutes aujourd’hui d’un poste de
délégué-e à l’égalité. À mesure que le programme avance, les
délégations à l’égalité s’établissent de plus en plus comme des
instances de conseil compétentes pour tout ce qui relève de la
promotion de l’égalité des chances dans toutes les questions concernant
l’université dans son ensemble. Les activités d’expertise exercées par
les délégué-e-s à l’égalité au sein de divers organes accroissent leur
légitimité à participer aux affaires supérieures des universités.
Toutefois, jusqu’à présent, le mainstreaming ou l’approche intégrée de
l’égalité des chances n’est vraiment ancré dans aucune université.
Il existe une sensibilisation accrûe au thème d’égalité des chances
L’existence du programme fédéral Égalité des chances porte certains
domaines sensibles au grand jour, que ce soit les processus de
nomination, la promotion et la sélection de la relève au sein des
universités mais aussi les structures de pouvoir et de dépendances
correspondantes.
Du côté des directions des universités elles-mêmes, les discussions
attestent qu’au cours des quatre années du programme, un changement
d’atmosphère s’est dessiné et qui va dans le sens de plus d’ouverture à
l’égard des questions d’égalité et de parité.
Le programme favorise une perception à l’échelle de toute la Suisse et
renforce la coopération et la concurrence entre les universités
Le module 1 avec son mode de paiement des primes d’incitation provoque
une sorte de "ranking" entre les universités. Il en résulte une
perception à l’échelle suisse du thème de la ségrégation sexuelle dans
les universités au plus haut niveau universitaire. Le module 2 soutient
certains projets qui élargissent l’offre inter-universitaire
(coopérations au sein d’une région linguistique et/ou au sein d’une
discipline) en matière de promotion de la relève.
Un ancrage durable n’a pas encore été obtenu
Les postes nouvellement créés dans le domaine de la promotion de
l’égalité des chances sont bien ancrés au niveau organisationnel, mais,
financièrement, ils dépendent en grande partie des subsides du
programme fédéral. L’aménagement de crèches qui en a résulté semble
garanti dans la plupart des universités pour la fin de la deuxième
phase du projet. Sans subsides fédéraux, l’avenir des projets du module
2 est incertain. Une nouvelle structure au sein du module 1 a été
créée, il s’agit du controlling des nouvelles nominations. Il n’a pas
encore été décidé sous quelle forme celui-ci se poursuivra
indépendamment du programme fédéral.
La deuxième phase du programme allant de 2004 à 2007 offre la
possibilité, d’un côté, de lancer de nouvelles impulsions et, de
l’autre côté, d’assurer l’ancrage des processus et des structures de
promotion de l’égalité des chances existants.
Dans aucune université, il n’existe d’approche intégrée de l’égalité
(mainstreaming) appliquée à toutes les affaires universitaires.
Recommandations
Le programme fédéral Égalité des chances, dans sa conception globale, a
fait ses preuves. Des améliorations pourraient toutefois être apportées
dans le développement des modules.
Recommandations au Comité de pilotage
De nouveaux modèles de primes incitatives dans le module 1 doivent être
développés, qui prennent en compte les pourcentages différentiels des
femmes selon les disciplines et récompensent les mesures prises en
conséquence et les progrès constatés en matière de nomination au niveau
des facultés.
Les projets du module 2 doivent être optimisés en ce qui concerne les objectifs, les groupes-cibles et le transfert du savoir:
-
D’un côté, un soutien doit être apporté aux projets
comportant des éléments de promotion de la relève liés de façon
intensive aux personnes (projets de mentoring). D’un autre côté, il
faut faciliter l’accès des activités de conseil et de soutien en vue
d’une carrière scientifique à un large groupe-cible composé de
scientifiques femmes appartenant à la relève académique (cours, groupes
de coaching, conférences, meetings etc.).
-
Les groupes-cibles des nouveaux projets doivent
être davantage des femmes scientifiques issues de disciplines
connaissant un fort taux d’abandon au cours des études (drop-out) et
des pourcentages de femmes relativement faibles.
-
Il faut assurer le transfert du savoir entre les
projets de la première et de la deuxième étape du programme. De même,
pour garantir la pérennité des projets, il faut viser une plus grande
coopération intra-universitaire et inter-universitaire.
Le module 3 devrait avoir pour objectif la poursuite de l’accroissement
du nombre de places de garde et devrait également proposer des formes
d’accueil extra-familial adaptées aux exigences du contexte
universitaire. L’offre actuelle en matière d’accueil extra-familial des
enfants ne couvre pas les besoins en la matière.
Il faut poursuivre le reporting. Seule la poursuite d’un reporting
substantiel assure les bases permettant d’examiner l’efficacité du
programme dans le cadre de l’évaluation finale.
Recommandations à l’intention de la CUS
La CUS devrait coordonner davantage les mesures prises dans le domaine
de la relève académique et de la promotion de l’égalité. La
Confédération, le Fonds national et les universités s’engagent à
l’heure actuelle en adoptant des mesures en matière de promotion de la
relève académique et de l’égalité des chances. Il serait bon
d’harmoniser et de coordonner ces mesures.
La CUS devrait développer et mettre en œuvre un controlling national en
matière d’égalité des chances. Ceci est possible grâce aux données
actuelles de l’OFS. À moyen terme, il faudrait développer en matière
d’égalité des chances des modèles de financement liés aux performances
en collaboration avec les cantons universitaires.
Recommandations à l’intention des directions de l’Université
Les directions des universités devraient développer une politique
d’égalité des chances. Les délégations à l’égalité des universités
devraient disposer de compétences, de savoir-faire et de temps en
quantités suffisantes pour permettre l’assise d’une approche intégrée
de l’égalité (Gender Mainstreaming) et ainsi pour garantir que les
revendications en matière d’égalité des chances soient toujours
associées aux thèmes universitaires les plus importants, à savoir les
nominations, la relève académique, les réformes universitaires ou le
budget global.
Recommandations aux Directions de l’éducation
Les cantons doivent intégrer dans les contrats de prestations des
universités des objectifs liés à l’égalité des chances. C’est seulement
ainsi que l’égalité des chances pourra devenir un facteur de décision
important.